Valérie-Anne Demulier, fondatrice d’un réseau de femmes francophones : “NYC a réveillé ma créativité”

Mardi 29 janvier au soir, dans un bar branché de Chinatown, Valérie-Anne, jean, chemisier blanc et talons, s’affaire. Assise à l’entrée, puis debout sur un tabouret pour prendre des stories Instagram, la jeune brune de 31 ans multiplie les allers-retours, se faufilant entre les  deux-cents femmes réunies autour d’huîtres et de vin pour un apéro networking. Le but ? Connecter, partager et échanger entre femmes francophones dynamiques vivant à New York.

19h40, les notes pops et discos d’Agitations tropicales du groupe français L’Impératrice stoppent. Valérie-Anne saisit le micro et présente son association : “She for S.H.E., c’est des événements qui sont organisés tous les mois, des réunions avec des guest-speakers, des réunions avec des entrepreneurs, des réunions diverses et variées et des discussions.”

“Je ne voulais pas être la nana coincée à la maison avec son copain.”

Une semaine plus tard, à la sortie d’un énième meeting et avant un dîner, Valérie-Anne nous accorde une heure dans un café de Soho pour nous parler d’elle, de son parcours, mais surtout de “son bébé”, She for S.H.E..

Arrivée à New York en avril 2015, pour suivre son copain, l’avocate d’affaires belge n’y connaît personne. Très vite elle décide de rencontrer des gens et envoie mails et messages Facebook à des inconnus et connaissances lointaines. “Je ne voulais pas être la nana coincée à la maison avec son copain, Je me suis donnée les moyens de rencontrer des gens.” Elle organise régulièrement des apéros sur son rooftop à Soho. Rapidement elle constitue un réseau, composé essentiellement de femmes, qui se retrouvent régulièrement pour des réunions informelles. Si ces rencontrent lui permettent de faire des rencontres, quelque chose manque. “Parfois y a une super conversation à l’autre bout de la table et on ne s’entend pas, je me suis dit que c’était dommage”, explique la jeune femme au débit rapide et à l’accent belge presque insoupçonnable.

“Valérie-Anne Demulier n’aime pas dire : ‘Future is Female’ elle dit plutôt ‘Future is Equality’”

En janvier 2016, elle invite une petite dizaine de femmes dans son salon pour une réunion pour la première fois autour d’un thème de discussion : “Life is not about finding yourself, life is about creating yourself”. Encouragée par ses amis, elle réédite l’expérience, en février. En mars, elle loue un endroit, convie un plus grand nombre d’invitées et invite des guest speakers inspirantes, principalement des entrepreuneures françaises. Le format She for S.H.E. se dessine. Le bouche à oreille fait son effet. En Novembre, elle quitte son boulot dans une société luxembourgeoise de domiciliation d’entreprise, pour se consacrer pleinement à She for S.H.E.. Le nom “international et compréhensible” est le fruit d’un brainstorming à partir des valeurs Sharing, Helping, Empowering, chères à Valérie-Anne.

“Sans homme tu te sens plus à l’aise.”

Comme son nom l’indique, le réseau est réservé aux femmes. “Sans homme, les femmes osent se montrer plus vulnérables, elles osent aborder leurs doutes, d’autant qu’on a souvent les mêmes problématiques. Des trucs que les hommes ne rencontrent pas dans le milieu professionnel”, explique Valérie-Anne. Un climat propice à l’entraide selon toutes les femmes interrogées lors de l’apéro networking. “S’il y avait des hommes, je ne sais pas si je serais venue”, confie Lauréline Verger, 28 ans, en V.I.E. “Sans homme tu te sens plus à l’aise”, abonde Marion Vidal, 27 ans, elle aussi en V.I.E..

She for S.H.E. compte 1 200 femmes dont une centaine de membres actives âgées de 25 à plus de 60 ans. Chacune cotise $240 par an ou $25 par mois pour avoir accès un réseau de femmes francophones, mais surtout, pour pouvoir participer à plusieurs évènements mensuels. Des  événements de networking, discussions à thèmes, workshops, rencontres avec des entrepreuneures ou avec des guest speakers. La prochaine en date, “une conversation intime” avec la dessinatrice de bande dessinée Pénélope Bagieu. En plus de ces divers évènements Valérie-Anne songe actuellement à créer un espace de rencontre et de coworking en se basant sur le socle de membres du réseau.

“Je n’aurais jamais fait ça si j’étais restée en Europe.”

Aujourd’hui, la fondatrice est fière d’avoir réussi à “rassembler dans une bonne ambiance, des femmes qui partagent [ses] valeurs: la bienveillance et l’authenticité.” Sur ce point toutes s’accordent. “Elle a envie d’aider les femmes francophones”, confie son amie journaliste Anne-Laure Mondoulet. “Valérie-Anne a en partie changé ma vie à NYC”, confie Julie Leval, analyste pour une marque de luxe française. “Ici, il n’y a pas de jugement, que de l’entraide”, affirme la thérapeute Pascale Léon, l’une des doyennes de She for S.H.E..

Depuis maintenant quatre ans à New York, Valérie-Anne s’y sent toujours autant à l’aise et aime se balader à Washington Square Park et Greenwich Village ou sortir dans des bars dansants de Brooklyn. “Ce dynamisme ambiant ça stimule, moi ça me nourrit”. Sans New York, elle en est persuadée, She for S.H.E. n’aurait jamais vu le jour : “Je n’aurais jamais fait ça si j’étais restée en Europe.”